16 avril 2018

Ca pue la mort

 

Tout a commencé quand les patients ont voulu des chambres individuelles, parce qu'ils avaient honte.

Et puis les médecins ont voulu l'hygiène aussi, peut-être même avant. Peu importe.

Il fallait que le malade assumât en famille sa peine, puis seul. Ne pas être un poids pour son entourage. Ne pas être contaminant. 

Soit dit en passant, difficile  d'interdire l'euthanasie dans ces conditions. 

Nous sommes prisonniers de cette conception.

L'hygiénisme a tellement réussi son oeuvre, que le meilleur moyen de mourir à l'hôpital, c'est d'y rester assez longtemps pour attraper un staphylocoque. Où sont les promesses d'un monde sans mal... hérité d'une conception virginale et progressiste de "l'évolution" ? Perdus dans les allées de couloirs blancs et qui se ressemblent tous, où les fleurs ont fini par être interdites. Aussi distants que ces cimetières qui ont été déplacés le plus loin possibles des Eglises au 19ème siècle, parce qu'ils gênaient cette acception de la science.

Entre foi et science, telle que nous les imaginons, nous avons décidé à cette époque de choisir, et nos morts n'ont guère fait le poids. Aujourd'hui, ils sont parqués aux entrées paumées de nos villages. Parmi eux, bien de ces gens fiers, qui ont pris cette funeste décision, persuadés pour l'éternité d'avoir accompli une oeuvre de félicité. Ils ne sont plus guères visités. Leurs tombes ressemblent à nos hôpitaux, tristes et abandonnés. Enfin je veux dire dans notre région. Des gagnants ou des perdants, voilà bien des siècles que nos populations n'ont cessé de choisir la défaite. Imperturbables, elles meurent de leurs propres principes qu'un nombre toujours plus petit de survivants se transmet. Les sursauts de l'histoire ou la richesse d'un commerce de négoce n'arrivent même plus à les maintenir en l'état. Mais ceci est une autre histoire.     

Pour en revenir à la mort, choisir l'amour, c'est pas net. Tout comme accepter l'autre, sa présence, ses bactéries, le danger qu'il représente. L'autre est toujours un danger, et il est aussi une forme de rédemption. Je crois que vouloir former couple, c'est se risquer à. Seule la jeunesse possède assez d'inconscience en elle pour tenter l'aventure. Pour vouloir aimer, il faut être immature en quelque sorte. Bien après, nous apprenons à aimer vraiment, mais l'immaturité envolée, nous ne voyons plus que les obstacles tandis que les avantages nous apparaissent bien incertains. Heureusement, il reste le sexe et comme l'amour, le sexe n'est pas net. Et le sexe pousse à la faute. Et la faute, pousse à grandir. Le va et vient je vous dis, encore lui, partout et toujours. 

En ce moment, les tenants de l'insémination artificielle des femmes, arguent que les lesbiennes se font engrosser dans des conditions d'hygiène déplorables. Mais enfin. Ces progressistes ont-ils réfléchi aux conditions réelles d'un acte sexuel, combien l'humanité depuis l'aube des temps n'a jamais réussi à se perpétuer qu'en s'échangeant plusieurs milliards de bactéries à chaque occasion. Voilà l'amour, la mort confondus en un seul acte jouissif comme une bouillie bien épaisse, et grouillante. Cela en dit long sur l'esprit stérile qui nous tient. Nous nous effarons d'un acte possiblement corrompu, tandis qu'un enfant n'a jamais émergé que de la puanteur et de la forfaiture. Notre névrose est telle que les découvertes scientifiques ne réussissent pas à nous faire changer d'opinion. Nous persistons à vouloir nous imaginer un monde immaculé qui ne vivrait que de paix et de délicatesse. Affreuse rigolade. Pas de  vie sans bactéries. 

Dès lors, il est facile de comprendre combien l'hygiène ne va pas régler nos problèmes, elle n'en a réglé presqu'aucun, mais au contraire, les multiplier, en stérilisant toujours plus nos environnements. L'hygiène, c'est le déséquilibre. Tout comme la diarrhée. La vérité est ailleurs, entre les deux.

Vous voulez savoir si vous êtes encore vivant ? Regardez-ces photos de hall d'hôpital ci-dessous. Elles doivent vous faire horreur. 

hopital2min

 

Ici, c'est Noël. Bon sang, ça se voit !

 

hopitalmin

Posté par Sebastien CORNUT à 12:56 - Humeurs - Commentaires [0] - Permalien [#]
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