07 novembre 2018

Exposition "Modes d'emploi" Frac Poitou-Charentes novembre 2018

Je sais maintenant pourquoi je n'avais plus trop envie d'aller voir des expositions d'art contemporain. "Modes d'emploi" a eu la bonheur de me révéler ce qui ne m'intéresse plus : le jeu sur la technique, et l'art psychologique. 

Du côté du jeu sur la technique, il vous est souvent présenté des oeuvres qui s'amusent à retravailler les matériaux dans un sens neuf. Par exemple ici, à droite, un arbre a été découpé dans un sens et recollé et redécoupé dans un autre sens et recollé, pour donner les planches qui sont adossées au mur (Toni Grand) :

 

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L'artiste s'est bien amusé, il a joué comme un enfant. Mais qu'est-ce que cela nous apporte à nous, ou bien à la société ? Au fond à gauche de la même photo, vous pouvez apercevoir une oeuvre constituée de crayons ikéa (Chloé Piot). La forme abstraite laisse toute place à l'imagination qui n'a aucun point d'ancrage pour imaginer quelque chose. Très sec. De même les cadres en bois sont des sortes de mobiles acculturés qui n'ouvrent sur rien ou si peu (Jérôme Allavena). 

La plupart des autres oeuvres étaient de ce bois là, si ce n'est deux autres créées pour panser des blessures.

La première figure pour moi une sorte de viol dont l'artiste aurait été victime : 

 

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Cette tête pénétrée de partout est d'abord un corps qui a été pénétré contre sa volonté. Mériterait une bonne discussion... avec le psy.

L'autre artiste qui fait dans le psychologique nous donne a voir l'histoire de Stradivari qui a refusé de transmettre ses méthodes de fabrication quant à ses violons. Le thème est très intéressant, surtout dans notre monde contemporain : pourquoi certaines personnes coupent volontairement tout lien avec les générations qui suivent. Le refus de la transmission est une des marques de fabrique de nos familles actuelles.

 

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Or notre artiste n'explore pas ce thème (Laurent Kropf). Il se lance dans un long procédé de reconstruction en invitant des apprentis de la pierre, du bois, de la chaudronnerie à recréer une sépulture pour Stradivari, c'est à dire la démarche exactement opposée au luthier, tout cela pour se guérir, pour nous guérir, ce qui ne constitue en soi que de l'art thérapie. 

Pour résumer, je dirais que la recherche autour de la technique ne m'intéresse pas ou plus. Il faut laisser cela aux designers qui savent explorer plus profondément la matière qu'aucun artiste ne le pourra jamais. Il est vrai que l'homme est un animal très lié aux techniques qu'il emploie. Cependant, je ne pense pas que cette mécanique soit la plus intéressante à investir quant à notre humanité. L'impasse de l'art contemporain qui perdure, se situe là pour moi. Il ne peut y avoir d'art que religieux. Le land art se réfère à une vision animiste de la spiritualité. Le pop art est l'imagerie de notre monde consumériste, culte à mammon s'il en est. Un Bastia n'est qu'un nègre qui a retrouvé toute la force de l'imagerie de sa culture d'origine, là encore animiste. Et beaucoup de courants intéressants de l'art pourraient être compris ainsi.

Non seulement, il faut que l'art soit religieux pour être bon, mais en plus il faut que l'artiste soit bon lui-aussi. Dur dans de telles conditions d'être ému par de la guérison ou du jeu.  

Beaucoup d'oeuvres que je vois actuellement ne nourrissent plus mon imaginaire. Dans les débuts, j'ai pu m'émerveiller devant les exploits techniques déployés par certains artistes, ou leur dextérité à se jouer du spectateur. Aujourd'hui, il me faut bien plus. Tout comme la plupart de ces gens qui vont ressortir de cette exposition avec un sentiment d'inachevé parce que l'invitation à se poser des questions ne peut seule servir de ligne directrice à une démarche réellement artistique. 

Posté par Sebastien CORNUT à 21:25 - Maisons d'art contemporain et autres - Commentaires [0] - Permalien [#]
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