16 décembre 2018

Pauvre riche

Il n’a pas besoin d’argent

Il n’a pas besoin des autres

Il est indépendant

Grâce à son réseau

 

Il a réussi

Il est sûr de lui

C’est un gagnant

Tout trépidant

Plus rien à conquérir

Ca prend trop de temps

 

Ses amis ?

En personne il ne peut faire confiance

Ils ne doivent pas mettre la main sur son butin

Ils pourraient se retourner contre lui au moindre pépin

 

Obligé de fréquenter ceux qui lui ressemblent

Il voit ça comme un bien

Il a raison, c’est même certain

Côtoyer la plèbe est inutile, voire pire,

Se mettre à portée des imbéciles ?

 

Rien n’a de valeur, tout est remplaçable

Les seins, le cul, les lèvres de sa femme

Il ne manque pas d’idées bien entendu

De certitudes, de convictions, de points de vue

Il est même raisonnable

Jusqu’à trouver imbécile

De mettre en jeu sa vie

Et perdre bêtement ce qu’il a acquis

Tout le monde devrait penser ainsi

 

Rien à gagner à la révolte

Tout à perdre au moindre désordre

Il lui faut défendre le statu quo

Et en faire une habitude

Souscrire à toutes les forfaitures

Sous prétexte de grands idéaux

S’il veut rester à l’intérieur du troupeau

Continuer à rouler avec eux dans sa grande voiture

 

Il a tous les droits

D’un simple mot il fait plier les lois

Avec ses amis, il ne s’en aperçoit même pas

Ignorant et tyrannique à la fois

 

Ceux qui sont jaloux n’ont qu’à faire comme lui

Forcément,

Puisque tout le monde l’envie

Sous une tonne de confort enseveli

Les choses sont telles qu’elles sont

Elles lui profitent alors à quoi bon

Chercher la vérité, trouver d’autres réponses

Pendant que ses certitudes lui sont acquises

Et elles sont vraies puisqu’il en vit

Le reste n’a pas de sens

Si ce n’est la terreur derrière son enfermement

Et qui l’engonce dans son ennui

Qui est la mère de tous ses vices.

 

Tendre la main et cueillir un fruit

Il le refuse, il le conchie

A quoi bon faire un effort

S’il suffit de claquer des doigts

Pour avoir à sa table

De toute la terre les trésors

 

Les mets les plus délicats sont un juste dû

L’excellence, une coutume

Etre servi, sa certitude

Rien ne vaut que par la peur d’être perdu

Le plaisir l’a envahi

Toujours plus à l’aise, effrayé de n’être rien

Se confondant avec ses biens

Original dans l’apparat

Ses exploits sont ses achats

 

Petit à petit, il oublie

La force de croire en soi,

De n’être rien

La logique du bon sens

La juste récompense

Le travail de ses mains

Le coût d’un morceau de pain

Perdant ainsi l’idée de justice

Le goût du risque

La foi en la vie

Le besoin de l’autre qui vous grandit

 

Par pitié Seigneur, ne faîtes pas de moi un riche

Aucun humain n’y survit

Aucune civilisation sur ça ne s’est construite

Aucun peuple par la richesse acquise

N’a duré très longtemps, n’est devenu savant

Tous à son contact devenant misérables

Au fur et à mesure qu’ils croyaient le monde monnayable

 

Je veux continuer à me battre

Dans les efforts induis par la pauvreté

Ne jamais être déconnecté,

Du reste de l’humanité

Trouver de nouveaux chemins pour aimer

Accepter ma fin, avoir prise sur mon destin

Pour progresser en vérité,

Sans jamais me laisser aller.

 

pauvre riche

 

Posté par Sebastien CORNUT à 20:23 - Poème - Commentaires [2] - Permalien [#]
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